Colloque: "Qu’est ce qui nous arrive ? Aperçus psychanalytiques du politique" (Lille)

18ème colloque de l’ALEPH et du CP-ALEPH
samedi 25 mars 2017 de 9h15 à 18h30

à  la SKEMA de Lille

BULLETIN D'INSCRIPTION

PROGRAMME

 Quand vous demandez à votre interlocuteur : « qu’est-ce qui vous arrive ? », vous faites part de votre irritation face à son attitude incongrue. Mais pour peu que vous demandiez collectivement, à la cantonade : « qu’est-ce qui nous arrive ? », vous exprimez un profond désarroi. Vous êtes moins inquiet, angoissé, que perplexe. Vous ne vous retrouvez plus dans le monde, vous ne reconnaissez plus la place que vous y occupiez. Vous ne savez plus où vous en êtes.
Depuis Freud, l’angoisse est un signal qui nous alerte, face à une menace, d’un danger plus ou moins imminent. Pour Lacan, elle n’est donc pas sans objet, même si celui-ci se dérobe à la conscience. Or, la perplexité peut être plus grave que l’angoisse. Des psychiatres y repèrent un phénomène pouvant annoncer la psychose. Si vous pouvez répondre à l’angoisse, notamment par la fuite ou un acte adéquat, la perplexité semble plutôt vous clouer sur place, ou vous destiner à l’errance, puisque vous avez perdu vos coordonnées en tant que sujet.
L’angoisse n’étant pas sans objet, on peut le rechercher pour s’en débarrasser. Assailli par la perplexité, on réagit différemment : on dénie la réalité perturbatrice ou on sous-estime ce qui n’est pourtant rien de moins qu’un assaut du réel. On méconnaît la direction d’où provient cet assaut. Pour prendre un exemple contemporain, on situe l’ennemi au dehors alors qu’il vient du dedans : « Les réfugiés !», crie-t-on mais, en vérité, en le disant, on a déjà fait place à un puissant ennemi qui vient de l’intérieur de notre société : la xénophobie, l’homophobie, le racisme, bref les prodromes du fascisme. Hélas, ce n’est pas la seule erreur à laquelle nous sommes poussés dans notre désarroi !
Des millions de personnes veulent rejoindre l’Europe, pas seulement parce qu’elles doivent fuir la guerre, la famine, la persécution. Notre continent les attire aussi parce qu’il est l’un des plus sûrs, des plus riches. Alors que nous devrions en être fiers, nous avons peur de notre force. Du coup, celle-ci risque de nous abandonner.
Avoir peur des migrants n’est pas complètement irrationnel. Ne vont-ils pas nous prendre nos richesses, notre paix, notre culture, ne vont-ils pas nous terroriser ? Quelles que soient nos craintes, nos réserves et nos mesures face à cet afflux, nous pourrions au moins nous réjouir que ces réfugiés préfèrent notre continent à d’autres destinations possibles. Ce choix ne prouve-t-il pas notre réussite ? Or, il n’en est rien. Nous prenons leur demande comme un fléau de plus dans la longue série de crises qui nous taraudent depuis l’orée du siècle - depuis le 11 septembre 2001.
Nous ne combattons pas vraiment ce qui nous ruine : les injustices sociales ; l’abîme qui sépare les riches des classes moyennes ; la paupérisation totale des classes populaires ; les manoeuvres déstabilisantes du capitalisme ; la guerre atroce en Syrie ; la dévastation de la couche d’ozone par nos comportements irresponsables. Par contre, nous nous défendons becs et ongles contre la fin de nos privilèges et nous vivons la globalisation, le triomphe du numérique ou encore les réformes nécessaires du marché de travail comme autant de menaces et de prodromes de la fin de notre monde. Nous disons du mal de l’argent tout en vivant au-dessus de nos moyens. Nous aspirons à la paix sociale et au rationalisme politique, mais qui se soucie des effets destructifs de la corruption et de l’engouement de 7 millions d’électeurs pour un parti extrémiste ? La raison politique voudrait que les pays européens profitent de leur paix et de leur prospérité pour renforcer leurs positions et pour rayonner dans le monde.
Or notre société se déchire dans des luttes sociales sans issue à propos de lois trop mal rédigées et défendues pour être acceptables par la majorité de la population.
La situation de notre société impose aux psychanalystes le devoir de découvrir les pathologies tapies derrière les décisions et comportements irrationnels dus à la politique de pays qui se réclament pourtant de la démocratie, de la raison, de la vérité et du bien. Quelles sont les forces qui poussent nos élites au ratage voire au désastre politique et économique – erreurs en contradiction flagrante avec leurs programmes et promesses ?
La psychanalyse ne saurait être complice de la dissolution du tissu social qui se poursuit sous nos yeux. Freud a proposé une théorie de la libido, prolongée par Lacan, pour définir ce qui lie le langage, le corps et le réel. Les symptômes que nous étudions dans la clinique des névroses, psychoses et perversions s’aggravent quand le lien social se délite sous la pression d’une civilisation qui tourne mal.
Notre colloque scrutera les aberrations politiques et les idéologies dangereuses afin de pouvoir dire d’où elles viennent et par quels moyens on pourrait y répondre. On présentera notamment, à cette fin, des cas cliniques où il sera question de la responsabilité subjective quand elle s’alourdit d’actes mauvais, commis au nom de la politique. Mais l’état des lieux de la perplexité ambiante ne nous empêchera pas de donner des exemples montrant comment l’acte psychanalytique peut acquérir une portée politique et comment l’acte politique inspire notre pratique.

 

Les intervenants au colloque sont :

-        Daisuke Fukuda, Docteur en psychanalyse de l’Université de Paris VIII, maître de conférences à l’université Aoyama Gakuin (Tokyo)

-        Franz Kaltenbeck, Psychanalyste à Lille et à Paris, rédacteur en chef de la revue Savoirs et clinique, président du CP-ALEPH

-        Geneviève Morel, Psychanalyste à Lille et à Paris, membre du conseil du CP-ALEPH

-        Diane Scott, Critique, auteur de Carnet critique, Avignon 2009, docteur en arts, rédactrice en chef de Revue Incise

-        Manya Steinkoler, Professor in the English department at Borough of Manhattan Community College, New York

-        Antoine Verstraet, Psychanalyste à Lille, directeur adjoint du CAMSP Monfort à Lille

-        Bénédicte Vidaillet , Psychanalyste à Lille, professeure à l'Université Paris Est Créteil,

-        Stéphane Wahnich, Directeur Général et fondateur de SCP Communication, Cabinet d'études et de sondages.
Professeur associé au département de communication politique et publique, Université Paris-Est Créteil (UPEC)

-        Frédéric Yvan, Psychanalyste à Lille, professeur de philosophie, enseignant et chercheur à l’ENSAPL