Atelier IV : Femmes artistes - Art contemporain et psychanalyse (Zomm)

Femmes artistes
Art contemporain et psychanalyse
Diane Watteau

Jeudi 19 novembre 2020



1. « Que vaut une femme ? »1 (Des femmes artistes des années 70 remettent les pendules à l’heure !)

2. Nina Childress, Marie Losier, deux bombes à retardement.

Depuis les années 1970, des femmes artistes utilisent les limites de la dualité entre l’intime et le public, entre le spectateur et le voyeur, pour scénographier et fictionner des scènes ordinaires dans le trouble et l’ambiguïté. Leur corps devient un marqueur nouveau pour interroger l’histoire de la représentation qui l’assujetissait au rôle d’objet. Vecteurs politiques et sociaux, ces femmes engagent, dans la performance et le féminisme, un corps singulier comme médium, dans le sens de l’humanisme et du collectif. Politiquement, poétiquement, violemment décoiffantes, ces femmes qui existent ! Nous retrouvons peut être ici la logique du pas-tout, inventée par Lacan au début des années 1970 pour « faire sortir du nouveau sur la sexualité féminine » (La femme n’existe (toujours) pas ?) (avec Eleonor Antin - Claude Cahun - Valie Export – Annette Messager - Martha Rosler - Carole Schneemann - Mierle Laderman Ukeles, « Maintenance art » - Hannah Wilke).

Que devient le medium corps aujourd’hui ? Que vaut le corps d’une femme aujourd’hui ? Nobody loves her ? Lobody noves me répond Nina Childress2 (1961). Personnage et icône de la scène punk française depuis les années 1980, Nina Childress n’a ni sujet ni style de référence fixe, elle peint de manière virtuose entre le « good » et le « bad », friande du décalage. Femme du masque, elle reste loin des servitudes de l’identité. Inassignable, de France Gall à Deneuve, à Cher, à Beauvoir comme modèles, mais encore bien d’autres. « La politique, la sociologie, le féminisme, l’érotisme, sont des sujets qui a priori ne m’intéressent pas… et je ne suis pas près d’utiliser des écrans LCD », dit-elle. La peinture devient le masque à travers lequel la vérité se dit comme une bombe à retardement. Et si la mascarade travaille tous les sujets de Childress, « il y a du jeu » dans son usage du semblant. Les idées en effet ne sont pas incarnées avec Childress mais restent séparées des corps : elles touchent la surface de la peinture. Childress ou quand l’artiste femme montre par la surface ce que vaut une femme aujourd’hui. Childress, une Monnaie vivante (Klossowski, 1970) ?

À moins que… Autres Monnaies vivantes, nous ne nous laissions entraîner dans le monde du travestissement, du déguisement, de la traversée des genres dans les films de Marie Losier : De Cassandro, à Genesis P-Orridge et Lady Jaye, ses personnages se réinventent constamment parce qu’un « corps, c’est une poésie, un paysage. » « J’ai un rapport au corps très particulier. (…) Pour moi, à travers le cinéma, c’est une façon de l’apprivoiser, de s’en approcher, de vivre avec, et de l’embellir. » (13 /11 /2020 entretien avec M. Richeux, France Culture)

1 Geneviève Morel, « Disjonction de l’OEdipe féminin », dans La cause freudienne, n° 31, Paris, 1995, p.43.

2 Nina Childress, Lobody noves me, exposition, curateur E. Troncy, fondation d’entreprise Ricard, Paris, 17.02 -28.03.2020.



Deux jeudis, de 20 h 45 à 22 h 30, les 19 novembre 2020 et 14 janvier 2021.
Par visioconférence (Zoom).