Séminaire à Toulouse : L’inquiétante étrangeté : cent ans après

Psychanalyse et littérature
En partenariat avec le laboratoire Cultures Anglo-Saxonnes de l’université Jean Jaurès de Toulouse avec la participation du Pr Héliane Ventura

C’est dans le domaine de la créativité littéraire que nous choisirons cette année d’interroger à nouveau, 100 ans après l’inventeur de la psychanalyse, la notion de l’inquiétante étrangeté (Unheimlichkeit). Dans son article éponyme de 1919, Freud, à partir d’une analyse audacieuse de «l’homme au sable», le conte d’Hoffman qu’il contribue alors à rendre célèbre, décèle dans l’inquiétante étrangeté un marqueur de l’inconscient et du rapport de celui-ci à la castration. C’est aussi, faut-il le rappeler, dans une période de crise, celle d’une Europe dévastée par la pénurie et les séquelles de la grande guerre, qu’il écrivit son article.
Le fil rouge de l’inquiétante étrangeté dans la fiction sera l’occasion d’interroger les formes nouvelles de la narrativité. Des fictions littéraires contemporaines, voit-on émerger un discours porteur du sujet contemporain, de sa complexité et de ses surdéterminations inconscientes ? Faut-il considérer l’inquiétante étrangeté comme une forme nouvelle de subversion du discours commun, qui en sortirait ébranlé dans ses multiples dénégations de l’inconscient? Ou bien faut-il se résigner au constat d’un certain délitement du lien aux autres dans des «fictions bienveillantes» qui sont centrées sur une version simplifiée du traumatisme? Par exemple en choisissant l’évènement traumatique comme le prétexte au surgissement réconciliateur d’une épopée résiliente, celle de personnages échappant à leur destin victimaire.
L’absence de considération pour la dimension inconsciente du traumatisme conduit à l’appauvrissement du registre implicite de la narration en mettant en scène une causalité qui est essentiellement conçue comme «extérieure», qu’elle soit sociologique, historique ou évènementielle.
Littérature, symptôme d’un monde en proie au mirage de la transparence et d’un progrès sans limites, ou bien inquiétante étrangeté comme remède poétique à une causalité trop mécanique c’est-à-dire excluant le fait psychique inconscient. Voici les termes de la réflexion que nous tenterons de soutenir cette année grâce à la lecture de «l’inquiétante étrangeté» de Freud, à partir du conte d’Hoffman et aussi d’œuvres littéraires contemporaines1. Les participants à ce séminaire seront invités à présenter, s’ils le souhaitent, une œuvre qu’ils auront choisie autour du thème proposé.

1 Comme certaines nouvelles de l’écrivaine canadienne Alice Munro, Prix Nobel de littérature en 2012. On pensera notamment à A Trip to the Coast (1968), Bardon Bus (1982), The Albanian Virgin (1994).

Les deuxièmes samedis du mois, de 10 h 00 à 12 h 00. La première séance de travail est prévue le samedi 8 septembre 2018.
Salle de conférences du château du Mirail, Université Toulouse-Jean Jaurès 5 allée Antonio Machado, 31000 Toulouse
Entrée libre.
Inscription préalable nécessaire auprès du Dr Éric Le Toullec : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.