Séminaire 2010-2011 de Franz Kaltenbeck, Paris, "Au carrefour du crime : psychose et perversion"

Dans la civilisation actuelle, les psychoses ont pris la place occupée au siècle dernier par les névroses. Malgré les bouleversements dus aux crises du capitalisme, la plupart des sujets psychotiques assument à part entière leurs fonctions de citoyens et de professionnels. Et ce sont eux avant tout qui sollicitent aujourd’hui le savoir du psychanalyste.
Mais on ne saurait négliger le sort des femmes et des hommes plus atteints qui ont beaucoup de difficultés à s’intégrer dans la société voire s’en trouvent rejetés. Par manque de moyens, l’hôpital psychiatrique ne les accueille qu’avec parcimonie. On n’a pas toujours le temps de les y écouter, voire de les soigner en prenant la mesure de ce qu’ils pensent et ce qu’ils disent. Les présentations cliniques à l’hôpital sont des évènements rares, où ils peuvent s’exprimer.
Dans le même mouvement où les hôpitaux psychiatriques  « vident » les malades les plus embarrassants, les prisons se remplissent. 20 à 30% — au bas mot des estimations officielles — de la population carcérale est  folle. Selon les soignants qui y travaillent, le  chiffre véritable est beaucoup plus élevé. Certains malades, en dépôt ou déjà jugés, ont commis des actes gravissimes.
La prison n’est donc pas seulement cette « école du crime » que l’on dénonce mais aussi un lieu où se recueille un savoir clinique sur l’impossible à supporter. Peut-on ignorer ce savoir quand on prétend aborder le réel avec les concepts de la psychanalyse ?
Le crime violent peut être décrit comme un carrefour où la psychose communique avec la perversion. Freud a désigné la perversion comme le négatif de l’hystérie. C’est la tâche de la criminologie psychanalytique de notre temps de définir le voisinage entre la psychose et la perversion. Leur zone frontalière a été décrite par C. Balier comme « le pays de tous les dangers ». Dans l’œuvre de Lacan, on trouve peu d’indices quant au  lien entre les deux structures cliniques. On peut pourtant renvoyer à son texte « Kant avec Sade », un écrit sur le fantasme sadien où Lacan évoque la douleur d’exister du mélancolique. La théorie du « sinthome » ouvre une nouvelle perspective, encore peu approfondie, pour penser le problème des actes pervers commis par des sujets schizophrènes ou paranoïaques. Ainsi y avons-nous trouvé des outils pour étudier le voyeurisme chez un détenu psychotique.
Dès la sortie de Totem et Tabou en 1911, les élèves de Freud et ses successeurs, de Ferenczi à Lacan, se sont inquiétés de l’abîme qui s’ouvre dans l’être humain quand il passe à l’acte criminel. Rares sont les tentatives de renouveler leurs efforts psychanalytiques. Je propose cette année un enseignement dans lequel j’essaierai de rendre compte de mon expérience clinique dans une maison d’arrêt du nord de la France. Il s’agira aussi de théoriser mes entretiens avec certains détenus.

Les lundis à 21h15, 15 novembre 2010
Et  24 janvier, 21 mars, 2 mai, 6 juin 2011.
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