Symptôme et surmoi : figures contemporaines du malaise dans la culture

« Il faudrait faire quelque chose » : dès que cette jeune femme a un moment de libre, cette exhortation impersonnelle surgit dans le vide de sa pensée. C’est devenu un tourment et elle reprend son analyse, bien que les symptômes qui l’y avaient précédemment amenée, des années auparavant, soient résolus : elle n’est plus dépressive, elle a une famille, le travail qu’elle voulait, elle fait tout bien… Alors, au moment de profiter du mieux-être qu’elle attendrait légitimement, qu’est-ce qui ne tourne pas rond ? Qu’est-ce qui est exigé d’elle ? Cette ritournelle évoque le surmoi punisseur et la fameuse réaction thérapeutique négative, énigmatique pour l’idéologie guérisseuse de notre époque.
Trois nouvelles traductions françaises du Malaise dans la culture sont sorties en 2010, année où Freud est entré dans le domaine public, ce qui dénote l’intérêt actuel de ce texte de 1930, qui paraît pourtant « daté » à beaucoup. Freud y introduit un surmoi culturel (Kultur-Über-Ich) qui redouble le surmoi au niveau de la société et rend visible, selon lui, l’existence  de la pulsion de mort.
Inventé par Freud tardivement, en 1923, dans sa deuxième topique, comme une instance morale, autoritaire et culpabilisante, le surmoi est la source de paradoxes cruels : plus tu es irréprochable, plus il t’accusera ; plus tu es malheureux, plus il t’accablera… Pour Freud, il vient de l’introjection de l’autorité paternelle selon un processus complexe : il en résulte une loi si tordue que ses commandements frôlent l’absurde. Support électif de la pulsion de mort, le surmoi pousse le sujet mélancolique au suicide, sous des formes diverses. Pour Mélanie Klein, il s’origine dans la relation précoce à la mère. Pour Abraham, qui élabore la question de la mélancolie, il a un rapport aux pulsions orale et sadique.
Lacan, qui n’appréciait guère la seconde topique de Freud, y considère pourtant le surmoi comme essentiel : « La gourmandise dont il dénote le surmoi est structurale, non pas effet de la civilisation, mais ‘malaise (symptôme) dans la civilisation’. » (« Télévision », Autres écrits, p. 530.) Sa voix intérieure se manifeste comme un impératif de jouissance : « Jouis ! », commandement impossible auquel le sujet s’épuise à obéir.
À partir d’exemples contemporains et de textes théoriques, nous questionnerons l’importance de l’énigmatique surmoi culturel, ainsi que ses relations avec l’idéologie au sens de Marx. Nous interrogerons en particulier l’affirmation de certains psychanalystes ou philosophes lacaniens (Slavoj Žižek par exemple) selon laquelle nous assisterions depuis quelques décennies à un « déclin de l’Œdipe » qui impliquerait une accentuation structurelle de la « gourmandise du surmoi » et de la perversion polymorphe.
Nos séances seront ponctuées par des projections commentées de films tournés à Armentières (série « La vie normale »), choisis pour illustrer particulièrement la problématique du séminaire.

(8 séances dont 3 films inédits de « La vie normale »)
Les jeudis à 21h15, 25 novembre, 9 décembre 2010,
13 janvier, 10 février, 10 mars, 7 avril, 12 mai, 16 juin 2011
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