La libido dans le siècle : psychanalyse de l’image


Freud a écrit La Science des rêves en 1900, cinq ans après l’invention du cinéma par les frères Lumière. Or dans cet ouvrage inaugural de la psychanalyse, l’image est reine : plan fixe du fantasme mis en mouvement dans le rêve, souvenirs-écrans traduit en images floues, figuration crue du désir, déformations ravageantes de la censure, toute puissance du vœu et de l’enfant en nous, étranges formulations du « non », logique absurde du chaudron, mots d’esprit mis en rébus ou dessins animés, invention du rapport sexuel qui n’existe pas (dixit Lacan), beauté fascinante des femmes au cœur du tragique revisité (Œdipe ou Hamlet), deuils anticipés voire mélancoliquement souhaités.

Qu’y a-t-il eu d’autre dans le cinéma depuis sa naissance ? Ne s’agit-il pas, grâce aux progrès d’une technique toujours plus sophistiquée, de réaliser voire de dépasser ce que le rêve  réalise avec tant de virtuosité, chez chacun de nous ? De mettre au dehors ce que nous avons de plus intime, d’en montrer l’universalité en partant du plus singulier ? D’en réaliser de façon « extime » les procédés les plus secrets ?

C’est comme si le cinéma et la psychanalyse étaient des jumeaux âgés d’un siècle, nés dans le berceau d’un monde dont les valeurs vacillaient et qui allait bientôt connaître les deux guerres les plus meurtrières de son histoire. Effondrement (relatif) du patriarcat, révolution d’octobre, tentatives de libération des mœurs et avènement du féminisme, effroyable invention de la mort de masse, mondialisation, délabrement écologique, etc. Le cinéma s’est fait politique, avant-garde nous montrant l’apocalypse réalisée et nous indiquant à rebours comment la prévenir. On pourrait citer ici des centaines de films ou d’artistes.

En 1930, Freud dans Malaise dans la culture, inventait le surmoi culturel (Kultur-Über-ich), sorte d’institution psychique collective qui représenterait, dans une société donnée, les intérêts de la civilisation dans la lutte féroce d’Éros contre Thanatos. Hélas, ces intérêts, si supérieurs soient-ils, sont source de malheur névrotique par les conflits et les renoncements pulsionnels qu’ils exigent sans fin des individus. D’où le rôle ambigu d’une telle instance, relais entre la société et notre inconscient, et instigatrice d’idéologies. Or déchiffrer ce surmoi inconscient qui hante notre intimité et nous manipule à notre insu, préparant nos actes de demain, n’est pas si facile. C’est dans la culture qu’on y arrive peut-être le mieux, dans la littérature et surtout dans la production des images, innombrables à notre époque. Où l’on comptera aussi la vidéo d’art, la photographie, mais aussi la publicité et les images fascinantes de l’actualité.

Les psychanalystes, qui écoutent quotidiennement leurs contemporains, repèrent, dans la variété de ce qu’on leur confie sur le divan, les fantasmes singuliers mais aussi les courants culturels que rejoignent ces formations de l’inconscient. Ils peuvent alors apercevoir les convergences entre ces tendances et l’actualité des images produites de toute part.

C’est donc à une telle analyse de « la libido dans le siècle », appuyée sur Freud (Science des rêves) et Lacan (fonction du regard et du tableau, structure de l’hallucination, relecture de la phénoménologie), que nous vous invitons cette année.



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