Séminaire théorique de Franz Kaltenbeck et de Frédéric Yvan: "Les jouissances et le désir" (Lille)

La jouissance nous agite tous, nous, les êtres parlants. Nous y aspirons notre vie durant, non sans prendre des risques sérieux. Mais, si la jouissance, à la différence du plaisir qui nous maintient dans un certain équilibre, peut être souffrance voire nous amener à une « descente vers la mort », elle nous fournit aussi matière à penser, comme le prouve la littérature : Proust, Gide, et bien d’autres auteurs n’écrivent-ils pas une sorte de « Journal » de leurs jouissances ?
Dans le champ de la psychanalyse, Lacan a produit un savoir sur les différents types de jouissance et a ouvert ainsi, pour longtemps, des perspectives novatrices. Pour n’en prendre qu’un exemple, le savoir sur la jouissance issu de l’expérience clinique a engendré une « logique de la sexuation », soit une logique de la façon dont on devient (ou pas) homme ou femme, indispensable pour s’y retrouver dans les discussions actuelles sur les théories opposant sexe et genre.
Au cours de la première décennie de son Séminaire, dans les années 50-60, Lacan s’était davantage intéressé au désir, dont il a élaboré la structure, articulée au langage, en s’appuyant sur Freud et sa théorie de l’inconscient, revisitée avec la linguistique structuraliste. Relisant Hamlet avec ces outils, il met l’accent sur la relation du deuil au désir, incandescente dans cette tragédie de Shakespeare.
« Désir » et « jouissance » pourraient à première vue paraître antagonistes. Parce qu’il est réglé par le fantasme et évolue dans la finitude, on parle du désir au singulier, tandis que les jouissances, qui peuvent dépasser les bornes du supportable, sont, elles, multiples : jouissances sexuelles, jouissance phallique, jouissance féminine, jouissance de la vie et bien d’autres encore. Le désir, étant borné, est justement ce qui nous sert à nous défendre contre la demande écrasante de la pulsion de mort qu’enveloppent certaines jouissances excessives ou illimitées.
Le désir, défini par Lacan comme la différence entre le besoin et la demande, s’articule au symbolique alors que la jouissance est ce qui échappe au langage, donc du ressort du réel qui se présente comme impossible à supporter. Mais cette opposition conceptuelle peut s’avérer trompeuse dans sa symétrie, car à la différence de l’animal voire de la plante, dont Lacan suppose qu’ils jouissent eux-aussi, la jouissance de l’homme n’est pas concevable sans le langage ni la parole.
La mère, en parlant à son enfant nourrisson, l’initie à la jouissance. L’enfant devra se séparer d’elle grâce à l’intervention d’un tiers - père,substitut du père ou institution sociale, qui lui permettra de créer des symptômes séparateurs, hélas parfois pénibles. Déchiffrant plus tard ces symptômes, à travers son interprétation, le psychanalyste établit une relation entre la parole et la jouissance qui défait le symptôme et révèle le désir.
Par ailleurs, dans notre vie sexuelle, la jouissance rejoint le désir grâce à l’amour. Même la loi du père, considérée comme une autre face du désir, permet des passages entre le désir et la jouissance. Au-delà de la théorie freudienne, la castration apparaît alors comme une négation ou un refus de la jouissance.
Il s’agira, dans notre séminaire, d’éclairer la théorie du désir par celle des jouissances et inversement.

Franz Kaltenbeck étudiera le désir pervers à la lumière de la théorie de la sexuation, en partant des huit dernières leçons du Séminaire. Livre VI. Le désir et son interprétation, de Lacan, qui portent sur la perversion.
 
Frédéric Yvan commentera les trois premières parties du même Séminaire, en mettant l’accent sur l’acte interprétatif du psychanalyste qui doit toucher le fantasme.

Comme les années précédentes, les participant(e)s seront invité(e)s à intervenir, s’ils le souhaitent, à partir de leurs pratiques respectives, avec des observations cliniques ou à partir d’un texte théorique. Une bibliographie détaillée sera proposée lors de la première réunion.

 
Éléments bibliographiques :
Sigmund Freud, « Formulations des deux principes du cours de l’événement psychique », in OEuvres Complètes, t. 11, André Bourguignon, Pierre Cotet, Jean Laplanche, Paris, PUF, 1998.
Sigmund Freud , « Au-delà du principe du plaisir », traduction Jean Laplanche.
Jacques Lacan, Le désir et son interprétation. Texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Éditions de La Martinière, 2013.
Id., D’un discours qui ne serait pas du semblant. Texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, 2006.
Geneviève Morel, Ambiguïtés sexuelles. Sexuation et psychose. Paris, Anthropos, 2000.
Geneviève Morel , La loi de la mère. Essai sur le sinthome sexuel, Paris, Anthropos, 2008.

Le séminaire théorique a lieu le samedi de 14 h 30 à 17 h 30, les 23 novembre, 14 décembre 2013, et les 1er février, 15 mars, 12 avril, 24 mai 2014.
SKEMA Lille, avenue Willy Brandt, 59777, Euralille, Amphi B métro gares.
Ouvert au public – 10 € (TR : 5 €) par séance pour ceux qui ne sont pas inscrits à Savoirs et clinique

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