Séminaire théorique "Le parcours de la sexuation" (Lille)

Séminaire théorique 
Franz Kaltenbeck, Frédéric Yvan 


Le parcours de la sexuation
 
L’acte de naissance d’un sujet contient la mention de son sexe. Est-il si sûr pour autant qu’il naisse homme ou femme ? Ne lui faudra-t-il pas accomplir un long périple avant d’atteindre une identité ? Ne devra-t-il pas traverser de nombreuses crises, dont la puberté, pour pouvoir agir comme un être sexué ? Lorsqu’il investit ses premiers objets d’amour, l’enfant est corrélativement accepté ou rejeté comme objet de désir. La place qu’il trouve et celle qu’il cherche dans le désir de l’Autre, toutes deux auront une influence certaine sur son identité sexuelle. Qu’on le désigne comme homme ou femme à l’état civil, ne signifie pas qu’il doive s’y plier. Il peut accepter son sexe, le mettre en doute (hystérie), refuser son univocité (bisexualité) ou encore le rejeter avec conviction pour en changer (transsexualisme).
Dès sa correspondance avec W. Fliess, S. Freud a décrit les aléas du développement sexuel et, avant tout, les embûches traumatiques semées sur son chemin. Celui-ci comporte à la fois des choix qui s’ouvrent pour l’être parlant, les coercitions auxquelles il est soumis et les traumatismes qu’il subit. Dans ce parcours se nouent donc d’une façon complexe la contingence des rencontres de hasard, la nécessité de symptômes liés à des fantasmes et un impossible à supporter qui est le réel du sexe. C’est pourquoi la psychanalyse du sexe n’est pas compatible avec la réduction de celui-ci au genre, pensé comme une construction socioculturelle, historique et politique. Ces déterminations contribuent sans doute à l’identité sexuelle, et les représentants des Gender studies s’opposent à juste titre aux explications biologistes de la différence sexuelle. Mais ils ignorent trop souvent le réel du sexe, issu de ce parcours heurté.
« L’anatomie est le destin », cette phrase écrite par Freud en 1923 a engendré beaucoup de malentendus. On imagine un Freud borné par les données biologiques. Il a pourtant été le premier à théoriser les incertitudes de l’identité sexuelle dont témoignaient des femmes et des hommes en analyse, et tenu compte de leur malaise face au carcan d’une sexualité socialement convenue. Plus Freud avançait dans ses recherches, plus il s’éloignait de l’idée d’une sexualité normale : la vie sexuelle de l’être humain civilisé lui semblait « gravement endommagée ». Il alla jusqu’à préciser que ce qui nous y refuse (versagt) la pleine satisfaction n’est pas la « pression de la culture » mais « quelque chose relevant de l’essence de la fonction même » de la sexualité.
Suivant Freud à la trace, Lacan a fait pivoter sa théorie de la différence sexuelle autour de ce terme de « fonction », en créant une « logique de la sexuation ». Celle-ci reflète la dialectique entre la liberté du sujet et les contraintes impliquées par le choix de son sexe. Il nomma cette fonction « phallique », mais le phallus ne domine pas les deux sexes de la même manière, la femme ne s’inscrivant « pas toute » dans cette fonction. Lacan rejette l’idée qu’un homme ou une femme reçoivent leur identité sexuelle de leurs seuls caractères sexuels primaires et secondaires ; elle ne vous est pas non plus décernée par votre environnement familial, social, historique et politique. Le sujet peut s’inscrire dans la vie comme homme ou comme femme mais il s’agit d’un choix vertigineux et sans filet de secours. D’une part parce que l’Autre qui déciderait de ce choix à votre place et vous en soulagerait fait défaut. D’autre part, parce que les femmes et les hommes n’entrent dans aucun rapport sexuel (symétrique, spéculaire, complémentaire, algébrique, harmonieux) qui puisse s’écrire d’une façon scientifique, même s’ils entretiennent des relations sexuelles. C’est ce qui se lit dans les formules de la sexuation, élaborées par Lacan entre 1971 et 1973.
Le parcours de la sexuation a donc une double portée : c’est d’abord celui du sujet, comme il a été décrit par Freud et ses élèves ; c’est ensuite le parcours de la théorie psychanalytique des années 1970, avancée par Lacan et explicitée par quelques psychanalystes après lui. Dans ce séminaire, nous présenterons la théorie de la différence sexuelle et la logique de la sexuation à partir des séminaires et écrits de Lacan (1971-1974) avec leurs références dans l’oeuvre de Freud et de ses élèves. Les participants seront invités à intervenir à propos de leurs pratiques respectives et sur la base de leurs lectures. Une bibliographie sera publiée sur le site de Savoirs et clinique avant le début du séminaire.
 
Le séminaire théorique a lieu le samedi de 14 h 30 à 17 h 30, les 13 octobre, 15 décembre 2012, 2 février, 23 mars, 25 mai (amphi C301, 3è étage), 22 juin 2013 (amphi B, exceptionnellement à partir de 15h00).
SKEMA Lille, avenue Willy Brandt, 59777, Euralille, métro : gares.
Ouvert au public – 20 € (TR : 8 €) par séance pour ceux qui ne sont pas inscrits à Savoirs et clinique
                                    

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